Vous avez peut-être vu un vieil homme en kimono blanc, ceinture noire, qui ne dit presque rien mais qui inspire le respect dans un dojo. On le surnomme souvent "maître", et parfois, on murmure qu’il a atteint le 10e dan. Mais quel est vraiment le grade le plus élevé au karaté ? Et pourquoi ce chiffre semble-t-il si mystérieux ?
Le système des dans : de la ceinture blanche au 10e dan
Le karaté utilise un système de grades appelé "dan" pour les niveaux avancés. Avant d’atteindre les dans, les pratiquants portent des ceintures de couleur : blanche, jaune, orange, verte, bleue, violette, marron. Chaque couleur correspond à un niveau technique et mental. Une fois la ceinture noire obtenue, on entre dans le monde des dans.
Le 1er dan est le premier grade de maîtrise. Ce n’est pas la fin de l’apprentissage, mais le début d’une nouvelle phase. À ce niveau, le pratiquant comprend les principes fondamentaux du karaté : discipline, contrôle, intention. Il peut enseigner, mais il continue d’apprendre.
Les dans suivants - 2e, 3e, 4e - sont généralement attribués après plusieurs années d’expérience, de participation à des stages, et de contribution à la communauté. Le 5e dan est souvent considéré comme le seuil des enseignants expérimentés. Beaucoup de maîtres de dojo en France atteignent ce niveau après 20 à 30 ans de pratique.
Le 10e dan : mythique ou réel ?
Le 10e dan est le grade le plus élevé reconnu dans la plupart des fédérations de karaté. Il n’est pas décerné pour la performance technique seule. Il est réservé à ceux qui ont consacré leur vie au karaté - non seulement comme pratiquants, mais aussi comme transmetteurs, organisateurs, et gardiens de la tradition.
En Japon, où le karaté est né, le 10e dan est souvent attribué à titre posthume. C’est une reconnaissance de l’héritage laissé. Dans certains cas, il est décerné de son vivant à des figures exceptionnelles. Par exemple, le fondateur du Shotokan, Gichin Funakoshi, a reçu le 10e dan à titre posthume en 1957. Son fils, Yoshitaka Funakoshi, l’a reçu de son vivant, mais il est décédé jeune. Aujourd’hui, seuls quelques individus dans le monde détiennent ce grade.
En France, la Fédération Française de Karaté et Disciplines Associées (FFKDA) reconnaît le 10e dan comme le sommet du système. Depuis 2010, seulement 12 personnes ont été élevées à ce rang. La dernière nomination remonte à 2023, à un ancien président de la fédération qui a dirigé le karaté français pendant plus de 30 ans.
Pourquoi le 10e dan est-il si rare ?
Il ne s’agit pas d’un examen qu’on passe. Il n’y a pas de test de katas ou de kumité. Le 10e dan est attribué par un comité d’anciens maîtres, souvent à l’unanimité. Les critères sont : durée de pratique (minimum 50 ans), contribution à la diffusion du karaté, intégrité morale, influence sur les générations suivantes.
Un homme peut être un champion du monde à 25 ans, mais cela ne le rend pas candidat au 10e dan. Un autre peut n’avoir jamais compétitionné, mais avoir formé des centaines d’élèves dans des quartiers défavorisés, et avoir créé des programmes scolaires de karaté - lui, il est un candidat sérieux.
Le 10e dan n’est pas une récompense pour la force. C’est une reconnaissance pour la sagesse.
Y a-t-il un grade au-delà du 10e dan ?
Sur le papier, non. Mais dans certaines écoles traditionnelles, on parle parfois de "11e dan" ou de "grade honorifique suprême". Ce n’est pas officiel. Ce n’est pas reconnu par la FFKDA, la WKF (Fédération Mondiale de Karaté), ou les grandes écoles japonaises.
Ces mentions sont souvent utilisées par des groupes indépendants ou des organisations non reconnues. Elles n’ont aucune valeur dans le monde du karaté légitime. Si quelqu’un vous dit qu’il a le 12e dan, c’est soit une erreur, soit une tromperie.
Le 10e dan est la limite. Au-delà, on ne décerne plus de grade - on honore une légende.
Les ceintures noires ne sont pas toutes égales
Beaucoup pensent que la ceinture noire, c’est la fin. Ce n’est pas vrai. La ceinture noire, c’est le début. Un 1er dan n’a pas la même compréhension qu’un 7e dan. Et un 7e dan ne peut pas prétendre avoir la même vision qu’un 10e dan.
La différence se voit dans la manière de transmettre. Un 1er dan enseigne les mouvements. Un 5e dan enseigne l’intention derrière les mouvements. Un 10e dan enseigne le silence. Il ne parle pas beaucoup. Il montre. Il attend. Il laisse le temps faire son travail.
À Lyon, dans un petit dojo de la Croix-Rousse, un maître de 82 ans, 9e dan, commence chaque séance par un moment de silence. Il ne dit rien. Il regarde ses élèves. Après cinq minutes, il pose une question : "Qu’est-ce que vous avez ressenti ?" Il n’attend pas la bonne réponse. Il attend la vérité.
Le 10e dan n’est pas un titre - c’est une responsabilité
Le grade le plus élevé au karaté n’est pas un trophée. C’est une charge. Celui qui le porte doit veiller à ce que le karaté ne devienne pas un simple sport de compétition. Il doit protéger son âme : le respect, la modestie, la patience.
Il y a des gens qui portent des ceintures noires et qui crient sur le tatami. Il y a des gens qui portent le 10e dan et qui ne disent jamais "je suis le meilleur". Ils ne disent même pas "je suis un maître". Ils disent simplement : "Je continue d’apprendre."
Et vous, quel est votre but ?
Si vous débutez, votre objectif n’est pas d’atteindre le 10e dan. Votre objectif est d’être fidèle à chaque séance. De respecter votre partenaire. De ne pas tricher dans vos katas. De ne pas abandonner quand ça devient dur.
Le 10e dan n’est pas une destination. C’est le reflet d’un chemin. Et ce chemin, il se construit pas à pas, jour après jour, dans le silence.
Le 10e dan existe-t-il vraiment dans toutes les écoles de karaté ?
Oui, mais seulement dans les écoles traditionnelles reconnues comme le Shotokan, le Goju-Ryu, le Wado-Ryu, et le Shito-Ryu. Les fédérations modernes comme la WKF reconnaissent jusqu’au 9e ou 10e dan, mais les décernent très rarement. Dans certaines écoles privées ou non reconnues, des grades supérieurs peuvent être inventés, mais ils n’ont aucune valeur officielle.
Peut-on obtenir le 10e dan en dehors du Japon ?
Oui, mais c’est extrêmement rare. Les seuls 10e dan non japonais sont généralement des étrangers qui ont passé plus de 50 ans à transmettre le karaté dans leur pays, avec un impact international reconnu. En France, il n’y a eu que 12 récipiendaires depuis 1950. Tous ont été des enseignants, des organisateurs, des figures morales, pas des champions.
Combien de temps faut-il pour atteindre le 10e dan ?
Il faut au moins 50 à 60 ans de pratique régulière. Le 1er dan peut être obtenu après 3 à 5 ans. Le 5e dan, après 20 à 25 ans. Le 10e dan, après cinq décennies. Ce n’est pas une question de talent. C’est une question de constance, de vie, et de don à la communauté.
Les champions du monde peuvent-ils avoir le 10e dan ?
Très rarement. Un champion du monde peut avoir le 7e ou 8e dan, mais le 10e dan n’est pas attribué pour les titres sportifs. Il est réservé à ceux qui ont changé la façon dont le karaté est transmis. Un champion peut être fort. Un 10e dan est profond.
Pourquoi certaines personnes prétendent avoir le 11e ou 12e dan ?
Ces grades n’existent pas dans les fédérations reconnues. Ce sont des inventions de groupes non officiels, souvent pour attirer des élèves ou vendre des certifications. Le karaté traditionnel ne vend pas de grades. Il les décerne, après une vie de service. Si quelqu’un vous vend un 12e dan en ligne, c’est une arnaque.
Yanick Madiba
janvier 8, 2026 AT 05:49Je vois ça dans mon dojo à Douala - les vieux maîtres ne parlent jamais, mais quand ils bougent, tout le monde s’arrête. C’est pas du karaté, c’est de la poésie silencieuse.